25.05.2021

SOS batraciens 2021 - Bilan

2021 : Une migration à rallonge 

De la mi-mars à la mi-mai, le Parc naturel régional Jura vaudois, en collaboration avec Pro Natura Vaud, a organisé une action de sauvetage des batraciens au col de La Givrine. Chaque semaine, nous en avons profité pour vous parler des amphibiens que l'on y trouve et des mesures prisent pour aider leur migration. De quoi en finir avec quelques idées reçues et redécouvrir ces animaux méconnus.

 La météo compliquée de ce printemps 2021 a eu un impact important sur la migration des amphibiens. En effet, celle-ci n'a pris fin qu'à la mi-mai, soit trois semaines plus tard qu'en 2020. Les premiers animaux ont été sauvés le 11 mars et les derniers le 16 mai 2021. La barrière à batraciens est restée en place trois mois durant, sur le site de La Givrine. 

Un grand bravo aux trente-neuf bénévoles qui se sont relayés et ont assuré le suivi de ce sauvetage et sa prolongation durant la première quinzaine du mois de mai !

Au final, les résultats sont réjouissants et comparables à ceux obtenus l'an dernier.

NOMBRE DE BATRACIENS SAUVES :


2021 2020
Grenouille rousse 71 114
Crapaud commun 333 318
Triton alpestre 31 45
TOTAL 435 477



Le triton alpestre, un séducteur hors pair 5/5

A La Givrine, les récentes pluies ont permis une nouvelle vague de migration d'amphibiens. Le Parc Jura vaudois a donc décidé de poursuivre son action de sauvetage quelques semaines encore, afin de sauver le maximum de batraciens. Toujours à pied d'œuvre, les bénévoles continuent à se relayer chaque matin. Dans leurs seaux, de nombreux crapauds mais aussi quelques tritons.

Etang de jardin ou forestier : le triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) s'adapte facilement à tous les types de plans d'eau. Il a toutefois plus de peine à coloniser les eaux courantes et les lacs alpins dans lesquels il y a des poissons. 

Un romantique dans l'âme

Le mâle effectue une véritable parade pour séduire sa dulcinée. Pour ce faire, après s'être assuré de l'intérêt de la femelle en lui touchant le museau et les flancs, le Don Juan se place devant elle, perpendiculairement et agite sa queue de manière à créer un faible courant dans sa direction. Si la demoiselle est convaincue, le mâle émet un spermatophore (paquet de semences) que la femelle capte et stocke dans son cloaque (partie renflée à la base de sa queue). La femelle choisit ensuite le meilleur moment pour féconder ses œufs. Au moment de la ponte, elle enroulera soigneusement un par un chacun de ses œufs (env. 100 à 150) dans la végétation aquatique.

Le triton alpestre n'est pas un fin gourmet

Effectivement, son régime alimentaire n'est pas exigeant. En gros, il mange tout ce qui bouge ! Il est capable de se nourrir de larves de libellules, d'œufs d'autres tritons, de vers de terre ou encore de mouches. Il lui arrive même d'être cannibale et de manger l'un de ses congénères.

Néoténie : késako?

On parle de néoténie lorsqu'un animal acquiert la maturité sexuelle, mais conserve tout de même des caractères juvéniles, comme les branchies. Ce fait particulier peut être observé chez les amphibiens et plus régulièrement chez le triton alpestre. 

CRITERES DE RECONNAISSANCE

Le triton alpestre est relativement simple à identifier. Effectivement, il possède une coloration nuptiale flamboyante. Chez le mâle, une fine crête dorsale ponctuée de noir et de blanc fait son apparition. Ses flancs se marbrent de bleu puis une bande latérale blanche ponctuée de noir fait la liaison avec un ventre orange vif. La femelle, souvent plus grande, possède une coloration plus discrète. La crête dorsale et la bande latérale ne sont pas présentes chez elle. L'orange est plus terne. La coloration du dos varie du verdâtre au noir, parfois, une mosaïque ou un damier peuvent se dessiner. Un critère important à l'espèce est l'absence de taches ventrales.

Photo : Eric Rochat


Le crapaud commun, jamais très loin de son étang 4/5


La neige s'est à nouveau invitée à La Givrine, début avril, interrompant provisoirement la migration des amphibiens, mais avec le redoux et la pluie, ils reprennent leur chemin vers l'étang. Les bénévoles sont là pour les récupérer dans les seaux, les identifier et les faire traverser en toute sécurité. Parmi les migrateurs, se trouvent de nombreux crapauds communs. 

Le crapaud commun (Bufo bufo) a une nette préférence pour les grands étangs bien ensoleillés et généralement dotés d'une profondeur supérieure à cinquante centimètres. Les adultes sont généralement de grande taille (env. 6 à 7,5 cm). Les jeunes, après la métamorphose, ne font que 0,7 à 1,2 centimètres. Pour que madame crapaud commun puisse accrocher sa ponte dans le plan d'eau, il lui faut impérativement de la végétation ou des branches immergées. Fait particulier, c'est le seul de nos amphibiens capable de vivre en présence de poissons parce que ses œufs et ses larves sont toxiques, ce qui les préserve de la prédation!

A dos de femelle

L'espèce passe l'hiver dans les forêts qui bordent son lieu de reproduction. Lors de la migration, le crapaud commun ne parcourt rarement plus d'un kilomètre pour rejoindre son plan d'eau et se reproduire. Cela le rend très sensible à la destruction ou à la modification de son milieu. En migration, il n'est pas rare d'observer des mâles installés sur le dos d'une femelle pour faire le déplacement.

Un collier d'œufs

Lors de la ponte, la femelle dépose des cordons d'œufs qui mesurent jusqu'à cinq mètres de long dans la végétation. Le mâle, toujours accroché à elle, féconde les œufs directement. A ce moment, il n'est pas rare d'observer des filets d'œufs dans les étangs. Après la ponte, les crapauds retournent en forêt. Ils vont chasser, notamment des fourmis, afin de faire des réserves pour une seconde période de ponte, puis pour hiverner, dès le mois d'octobre. 

Des crapelets partout !

Savez-vous que l'on parle de pluie de crapauds lorsque l'on peut observer un nombre particulièrement important de crapelets qui quittent leur étang ?

CRITERES DE RECONNAISSANCE

Le crapaud commun possède une peau très verruqueuse et un museau large et arrondi. Fait intéressant, des grosses glandes sont généralement bien visibles à l'arrière de la tête. Ces dernières lui permettent de sécréter un venin qui irrite les muqueuses des prédateurs comme de l'homme. L'iris (œil) est orange-rouge cuivré. Les mâles, nettement plus petits que les femelles, possèdent des pelotes nuptiales noires sur le bout des doigts. 

La grenouille rousse et ses robes bigarrées 3/5

Tandis que certains ont passé leur week-end à faire la chasse aux œufs, les bénévoles du Parc Jura vaudois se sont relayés, chaque matin, pour venir en aide aux amphibiens à La Givrine.

Cette semaine, faisons plus ample connaissance avec la grenouille rousse (Rana temporaria) l'amphibien qui arbore la robe la plus colorée et variée de toutes les espèces de batraciens d'Europe. Les adultes sont généralement de grande taille (env. 11 cm). Les jeunes, après la métamorphose, ne font que 1 à 1,6 centimètres. Cet amphibien se retrouve dans tout type de plan d'eau. Il a toutefois une préférence pour les eaux stagnantes et calmes où il n'y a pas de poissons. Les tourbières sont apparemment très favorables à l'espèce.

Un amphibien précoce

La migration des grenouilles commence dès leur sortie de la pause hivernale (1er dégel), généralement à la fin février, parfois même avant. Elles quittent leur cachette et se dirigent en grand nombre vers leur lieu de naissance, souvent l'étang le plus proche. C'est lors de ce déplacement migratoire qu'il y a le plus de mortalité, principalement lorsqu'elles traversent les voies de communication. 

Une douce musique annonçant le printemps !

La période de reproduction commence au début du printemps et atteint son pic autour du 10 mars - ou plus tard en altitude, comme à La Givrine (1228 m.). Les mâles se réunissent en nombre dans des arènes où ils entament un chant nuptial (sorte de doux ronronnement) pour attirer des partenaires féminins. C'est la seule espèce, dans le groupe des grenouilles brunes, qui chante à la surface de l'eau ! A ne pas confondre avec la grenouille rieuse d'origine exotique, qui comme son nom l'indique peut faire beaucoup de bruit mais se plaît plus volontiers dans les plans d'eau ensoleillés.

Des œufs dites-vous ? Oh, juste un ou deux !

Dès qu'une femelle approche, le mâle s'accroche à elle au niveau des aisselles. Il reste accroché plusieurs jours, jusqu'au moment de la ponte des œufs. Le mâle, toujours accroché donc, va féconder la chaîne d'œufs (entre 700 et 4500 !) disséminés par la femelle. Les œufs ainsi fécondés forment des tapis dans les eaux peu profondes. La maturité sexuelle est généralement atteinte après trois ans. Avant, l'individu ne fréquente pas les plans d'eau. Ce n'est qu'à partir de sa quatrième année qu'il se dirige vers un site de ponte afin de se reproduire. 

CRITERES DE RECONNAISSANCE

Tous les matins, des bénévoles se relaient par groupe de trois personnes pour faire le tour des seaux installés le long de la barrière et inventorier les amphibiens qui s'y trouvent. A l'occasion d'une formation donnée en février, le Parc Jura vaudois leur a fourni les informations nécessaires pour identifier correctement les différentes espèces. Ce n'est pas toujours évident!

Savez-vous que la grenouille rousse peut facilement être confondue avec la grenouille agile ? Normalement, la grenouille agile n'est pas présente sur l'étang de La Givrine. Il faut néanmoins être attentif lors de la détermination et essayer de visualiser l'ensemble des critères suivant pour valider l'observation : 

  1. La grenouille rousse a généralement un museau plus arrondi et tronqué que celui de la grenouille agile. Le museau commence à s'incurver à la hauteur des narines. 
  2. Le tympan (cercle plus foncé à l'arrière de l'œil) est généralement plus petit que l'œil et assez éloigné de celui-ci.
  3. Le ventre des femelles est bien tacheté. Celui des mâles est blanc et normalement pas tacheté de points gris. 
  4. Si un individu possède des pelotes nuptiales (servant à s'accrocher à la femelle) brunes ou noires, on peut être sûr à cent pour cent de l'espèce et du sexe. En effet, chez la grenouille agile, les pelotes nuptiales sont grises. 

Les amphibiens, de bien curieuses bestioles 2/5

Au bord de l'étang de La Givrine, l'hiver a fait un retour inattendu ! La neige a recouvert la barrière à amphibiens et le froid a interrompu la migration. Cette fin de semaine s'annonce plus douce. Avec le retour des précipitations, elle reprendra sans doute de plus belle. En attendant de découvrir les premiers individus au fond des seaux et de procéder à l'identification, penchons-nous sur quelques-unes de leurs particularités.


La peau, véritable couteau suisse !

Elle est couverte de glandes qui protègent les animaux contre des bactéries et champignons qui voudraient se développer sur leur peau. Ces glandes ont également un effet répulsif contre les prédateurs. En effet, une légère substance amère est produite lors d'une éventuelle attaque, ce qui a pour effet de détourner le prédateur de sa proie.

Elle permet aux amphibiens d'échanger de l'oxygène avec l'air. Cette particularité vient s'ajouter à la respiration pulmonaire (semblable à celle de l'être humain). Un troisième type de respiration peut facilement s'observer : c'est un rapide mouvement de la gorge de bas en haut typique des batraciens. 

Les amphibiens ne boivent pas l'eau comme la plupart des autres animaux. Ils l'absorbent à travers leur peau particulièrement fine.

Thermorégulation : la séance de solarium

Contrairement à nous, les amphibiens sont des animaux à sang froid. Ils sont dépendants de la température extérieure. C'est la raison pour laquelle on observe facilement des grenouilles qui se bronzent au soleil. Elles cherchent à se réchauffer pour pouvoir bouger. 

Une vie en deux étapes 

De manière générale, le cycle de vie des amphibiens se compose de deux phases bien distinctes : 

  1. La phase larvaire : Elle suit l'éclosion de l'œuf et voit apparaître un têtard ou une larve, selon l'espèce. A ce stade, les amphibiens sont aquatiques. Ils respirent avec des branchies.
  2. La métamorphose : Elle se caractérise par l'apparition des pattes et des poumons. Chez les crapauds et les grenouilles, la queue va être utilisée comme réserve de graisse. Elle disparaît donc progressivement, ce qui n'est pas le cas chez les tritons et les salamandres. Le régime alimentaire des crapauds et des grenouilles va également évoluer. Jusqu'alors essentiellement herbivore, l'animal devient strictement insectivore.

Où sont les amphibiens le reste de l'année ?

Contrairement à ce que nous imaginons souvent, le lien qui unit les amphibiens à l'eau varie énormément en fonction des espèces. La grenouille rousse ou le crapaud commun, par exemple, ne sont présents dans l'eau que pendant la reproduction. En effet, les œufs, les têtards et les larves d'amphibiens ne peuvent se développer que dans un milieu aquatique. En dehors de cette phase larvaire, l'individu adulte vit hors de l'eau. En hiver, la plupart des espèces vont chercher un coin tranquille à l'abri de feuilles mortes ou sous un tas de bois, une pierre, dans une cavité ou même dans un terrier de micromammifère inhabité, pour pouvoir se reposer. C'est pour cette raison qu'il est plus difficile d'observer ces animaux durant l'hiver, car durant cette période, les animaux ont une activité réduite.  

Un printemps au bord de l'étang de La Givrine 1/5

C'est parti ! Dès les premières chaleurs et fontes de neiges, les amphibiens entament une migration vers leur site de reproduction. Lorsqu'une route se trouve sur leur chemin migratoire, une importante mortalité peut être observée. C'est le cas autour de l'étang de La Givrine. C'est pour cette raison que le Parc Jura vaudois, en collaboration avec Pro Natura Vaud et avec l'aide de bénévoles motivés, met en place une barrière à amphibien. Des seaux sont placés le long de cette barrière, en bordure de route ou de voie de chemin de fer. Le but ? Faire traverser, en toute sécurité, les batraciens en les transportant dans les seaux . Cette méthode offre également l'occasion d'avoir un suivi régulier des populations animales et de voir une éventuelle diminution, ou au contraire une augmentation des effectifs. 

Le SAMEDI 27 FEVRIER, la barrière à amphibiens a été mise en place par une équipe du Parc secondée par sept bénévoles. Le redoux faisait craindre un début de migration précoce, mais les températures ont ensuite repris des valeurs plus saisonnières.

Le 12 MARS, les premières grenouilles rousses et crapauds communs ont été récupérés. La grande migration commence ! Exactement le même jour qu'en 2020 !

Cette barrière restera en place quatre à six semaines. L'opération se terminera fin avril, début mai, lorsque les amphibiens cesseront de migrer en direction du plan d'eau. Durant cette période, une présence quotidienne - et matinale ! - est indispensable pour permettre aux animaux de traverser pour rejoindre leur plan d'eau et identifier les amphibiens tombés dans les seaux au cours de la nuit.

C'est grâce à notre équipe de près de cinquante bénévoles qui se relaient quotidiennement aux aurores, par équipe de trois, que cette action de sauvetage peut être menée à bien. 

Un grand MERCI à eux !

Semaine après semaine, nous suivrons ce qui se passe autour de l'étang de La Givrine. Ce sera l'occasion de parler des trois espèces qui peuvent être aperçues dans les environs, à cette période de l'année : 

  • la grenouille rousse

  • le crapaud commun

  • le triton alpestre

Ces trois espèces font partie des 19 espèces différentes que l'on peut observer en Suisse. Espèces que vous pouvez découvrir sur le site du Centre Suisse de Coordination pour la Protection des Amphibiens et Reptiles Suisse (karch). Une minorité par rapport aux quelques 7000 amphibiens recensés pour le moment dans le monde. 

Photo : Carine Chollet