Murs en pierres sèches

Emblématiques des crêtes jurassiennes, les murs en pierres sèches font partie du patrimoine culturel et paysager. Le Parc naturel régional Jura vaudois soutient leur restauration. Il valorise le savoir-faire des muretiers et encourage la relève de cette profession, inscrite au patrimoine de l'UNESCO.

Qu'est-ce qu'un mur en pierres sèches ?

Les murs en pierres sèches sont un patrimoine culturel et paysager. Dans la chaîne du Jura, ils sont reconnaissables à leur architecture en double parement, c'est à dire à deux faces de hauteur équivalente. Quand on parle de construction en pierres sèches, il s'agit toujours d'ouvrages formés de pierres assemblées sans aucun mortier.

Dans le Parc naturel régional Jura vaudois, on recense plus de 690 kilomètres de murs en pierres sèches, dont près de 250 kilomètres dans les pâturages.

Ils remplissent de nombreuses fonctions telles que la délimitation des alpages, la contention du bétail, la mise à ban des forêts ou la sécurisation des gouffres et des puits. Ils peuvent également marquer la frontière, comme dans la forêt du Risoud.

Profit d'un mur en pierres sèches

L'art de sa construction

Pour qu'un mur en pierres sèches perdure dans le temps, les travaux de construction ou de restauration doivent respecter certaines principes : 

  • Les pierres de fondation forment une base solide et stable.
  • Les pierres de construction sont empilées et entrecroisées, elles constituent le corps du mur. 
  • Les cailloux de calage et cailloutis sont des pierres transversales qui stabilisent la construction en reliant les deux faces du mur.
  • La couronne maintient l'ouvrage en liant les deux parements du mur. Le style de la couronne (pierres posées sur la tranche, à plat ou absentes de la construction) varie selon la tradition régionale.
Un muretier au travail pour la restauration d'un mur en pierres sèches

Le savoir-faire des muretiers

Dans un mur en pierres sèches, chaque pierre à sa place, comme dans un puzzle. Trouver cette juste place exige un regard avisé et de l'expérience. Les muretiers sont les gardiens de ce savoir-faire. 

Ce métier se transmet souvent de génération en génération. Aujourd'hui, la Fédération Suisse des maçons de pierre sèche (FSMPS) propose une formation en quatre modules.  

UNESCO

L'art de la construction en pierre sèche : savoir-faire et techniques est inscrit depuis 2018 sur la Liste représentative du patrimoine culture immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Il concerne plusieurs pays européens : Croatie - Chypre - France - Grèce - Italie - Slovénie - Espagne - Suisse

Les projets du Parc naturel régional Jura vaudois

Le Parc Jura vaudois s'investit depuis sa création auprès des propriétaires pour entretenir cet héritage. Il coordonne les projets de travaux sur son périmètre et apporte un soutien aux propriétaires. Le Parc œuvre également à la valorisation de ce patrimoine et du savoir-faire des muretiers.

Le Plan de gestion 2020-2024 du Parc Jura vaudois accorde une place importante aux murs en pierres sèches dans son projet-cadre 01 Patrimoine paysager. 

Méthode d'évaluation 

Une méthode permettant de diagnostiquer l'état de dégradation d'un mur en pierres sèches et son potentiel en faveur de la biodiversité a été développé. Elle permet de prioriser les sites à restaurer ou à conserver afin de favoriser la faune des murs.

Fiche technique hermine

Le Parc Jura vaudois a également mené un projet-pilote pour intégrer les caches en faveur de l'hermine dans les murs. Une notice technique sera rédigée à l'issue du projet. 

Dans un mur restauré, le potentiel d'accueil de ce petit mammifère tend à diminuer, car les espaces à l'intérieur du mur sont moins nombreux et moins vastes. La création de caches permet à l'hermine d'y abriter ses petits. Grande chasseuse de campagnols, l'hermine rend de précieux services aux agriculteurs. 

Formation de muretier

Le Parc Jura vaudois soutient la relève des artisans muretiers. En septembre 2021, le module d'apprentissage de la construction des murs à double parements donné par la Fédération Suisse des maçons de la pierre sèche sera dispensé, à Premier. 

Dans ses communes, le Parc apporte un soutien financier aux personnes intéressées à suivre cette formation.



L'histoire et le patrimoine

D'anciens écrits attestent de l'existence des murs en pierres sèches dans le Jura vaudois depuis le XVIIIe siècle. A cette époque, le déboisement est intense et l'exploitation du bois destiné aux scieries, verreries, forges, fours à chaux ainsi qu'à la production de charbon mène à une pénurie de bois. Les clôtures en bois des pâturages sont remplacées par des murs en pierres sèches qui proviennent de l'épierrage des pâturages. 

Jusqu'à la fin des années 1950, l'entretien des murs en pierres sèches était une tâche courante de l'agriculture pastorale. Puis la pratique tend à disparaître avec l'évolution des techniques agricoles et la diminution de la main-d'œuvre présente sur les alpages. Bien que la plupart des murs en pierres sèches restent debout plusieurs centaines d'années, sans entretien courant, certains ouvrages perdent en stabilité ou s'effondrent. 

Aujourd'hui, ce sont les communes et les  propriétaires privés d'alpages qui s'investissent dans la restauration des murs en pierres sèches. Dans son périmètre, le Parc naturel régional Jura vaudois leur apporte son soutien. Chaque année, environ 1000 mètres de murs sont restaurés grâce à cet engagement et au soutien du Fonds Suisse pour le paysage (FSP). 

Le Chenit - vers 1940  © Pierre Auguste Chappuis

Biodiversité : toute une vie entre les pierres

Les murs en pierres sèches offrent une diversité de microclimats : chaud et froid, sec et humide, ombragé et ensoleillé, proches les uns des autres. Cette particularité permet la présence d'une riche biodiversité.
Avec le temps, les pierres du mur se couvrent de lichens ou de mousses qui constituent autant de nouveaux habitats pour de nombreux insectes et invertébrés. Les interstices entre les pierres créent des passages ainsi que des caches pour la petite faune comme le crapaud accoucheur, la salamandre tachetée ou le lézard des murailles.

Corridors biologiques

En traversant les prairies et pâturages boisés de part et d'autre, les murs en pierres sèches forment un réseau complexe dont profitent de nombreux animaux tels que la vipère péliade ou l'hermine. Ils jouent ainsi un rôle de corridor biologique reliant les sites de reproduction, de repos ou de chasse.

Photo (c) Ueli Rehsteiner

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