Chronique d'une fourmi des bois

Du mois de juin au mois d'octobre, retrouvez chaque quinze jours notre chronique d'une fourmi des bois. Partez à la découverte de la super-colonie de Formica paralugubris du Parc naturel régional Jura vaudois ! Au fil de ces dix chroniques, vous en apprendrez plus sur cette drôle de petite bête, qui ne dépasse pas 10 millimètres, mais qui accomplit des choses phénoménales et mène une vie trépidante. 

Pas si drôle, la vie de Monsieur Fourmi !

Les fourmis des bois sont principalement actives au printemps et l'été. Au début du printemps, les reines commencent à pondre les œufs. Ces premiers œufs donnent naissance à des fourmis sexuées mâles et femelles. En été, les œufs pondus ne donnent naissance qu'à des demoiselles : les ouvrières. Et oui, chez les fourmis, on peut presque parler de matriarcat !

Les fourmis sexuées sont plus grandes que les ouvrières (environ 1,5 à 2 fois plus grandes) et elles ont des ailes. Leur seul rôle : se reproduire ! Lorsque l'été arrive, une partie de ces dernières prennent leur envol vers une prairie où des milliers de sexuées se retrouvent pour s'accoupler. On appelle cela poétiquement le vol nuptial. D'autres, préféreront toutefois rester au sein de la fourmilière pour s'accoupler. 

Destin tragique ou royal ?

Après l'accouplement, leur mission accomplie, les mâles meurent. Leur vie ne dure que quelques semaines au stade adulte et ils passent rarement plus de 2 ou 3 jours hors de la fourmilière. 

Après l'accouplement, au contraire, les femelles s'émancipent. Elles retirent leurs ailes et deviennent des reines ! Une seule fécondation va leur permettre de pondre des œufs pendant toute leur vie, soit 10 à 15 ans durant.

Une fois reine, encore doivent-elles trouver un nid. Les jeunes reines peuvent réintégrer une fourmilière de leur espèce ou partir à la conquête d'un nouveau foyer. Pour se faire, elles s'immiscent dans une fourmilière et tentent de convaincre ces fourmis, qui ne sont pas de son espèce, de l'abriter et de la nourrir. 

Si ça marche et qu'elle est adoptée par ce nouveau clan, la jeune reine se met à pondre. En espérant que ces hôtes qui ont bien voulu l'accueillir, s'occuperont aussi de ses œufs. Si c'est le cas, 1 ou deux ans plus tard, la fourmilière ne comptera plus que des fourmis des bois. 

Et voilà, le tour est joué ! On appel ce procédé : parasitisme social temporaire, car les fourmis hôtes ne sont utilisées que le temps de la fondation de la nouvelle colonie. 

Il faut savoir toutefois que sur les milliers de femelles qui naissent dans une fourmilière, à peine 5 parviendront à fonder une nouvelle société de fourmis des bois. Les autres ne vivront guère plus de temps que les mâles. 

Les fourmis des bois peuvent aussi créer de nouveaux nids sans jouer les colons. Lorsqu'elles sont trop nombreuses, des ouvrières partent à la recherche d'un nouvel endroit propice pour s'installer. Une fois le site choisi, elles y bâtissent une nouvelle fourmilière puis y transportent quelques-unes de leurs nombreuses reines. Elles tracent ensuite une piste entre les deux nids et c'est comme ça que la colonie s'agrandit !

Nids, fourmilières, colonies et super-colonies : on pourrait s'y perdre ! Pour en savoir plus, lisez notre prochaine chronique. 

A suivre...

Illustration : Benohit

C'est le printemps, on se réveille! 2 / 10

La fourmilière est calme, l'hiver, les fourmis sont en dormance. Personne ne bouge, personne ne mange. Une fois la neige fondue et les premiers rayons du soleil printanier au rendez-vous, les fourmis s'activent !

C'est la renaissance de la fourmilière. Une partie des fourmis sortent et vont se réchauffer sur le dôme de leur nid. Après avoir suffisamment emmagasiné de chaleur, elles vont la transmettre aux autres fourmis enfouies plus en profondeur, pour les réveiller. Elles montent ensuite à leur tour sur le dôme. Ce réveil printanier dure entre une semaine et un mois. C'est toute la fourmilière qui se succède au-dehors, pour se dorer au soleil, des dizaines de milliers de fourmis ! C'est d'ailleurs une des rares occasions de voir les reines à l'extérieur des fourmilières.

L'heure des grands travaux

Une fois qu'elles ont repris des forces, débutent de grands travaux de restauration. Sous le poids de la neige ou suite au passage d'autres animaux cherchant de la nourriture, leur fourmilière a peut-être été endommagée. Les fourmis ouvrières partent à la recherche de brindilles et d'aiguilles pour réparer les dégâts. Ils peuvent être conséquents ! 

Chaque année, environ 1, 6 kilo de matériel de construction est charrié. Cela représente 400'000 brindilles et aiguilles de conifères. Ce matériel sert à réparer et consolider la fourmilière.

Ces divers transports ne sont pas une mince affaire, mais les fourmis des bois sont robustes. Elles peuvent porter jusqu'à 40 fois leur poids avec leur mandibule (pièces buccales). Pour un homme adulte de 60 kilos, cela correspondrait à une charge de 2,4 tonnes. Essayez, pour voir !

Les fourmis ouvrières font également des voyages pour approvisionner la colonie en nourriture: insectes, invertébrés, miellat ou graines. Au printemps, les ouvrières commencent à nourrir les larves et élèvent les jeunes fourmis pour assurer une main d'oeuvre suffisante, tout au long de la belle saison. 

Dès le printemps et pendant l'été, les ouvrières nourrissent les larves et élèvent les jeunes fourmis afin de renforcer la main d'oeuvre. L'été, c'est aussi la période des amours et de la reproduction chez les fourmis des bois. 

Lorsque les jours raccourcissent et que l'hiver approche, certaines ouvrières se gavent pour constituer des réserves dans leurs corps. Celles-ci serviront à nourrir les premières larves au printemps suivant. Les fourmis se regroupent dans les zones les plus profondes pour résister au froid de l'hiver. Et c'est reparti pour la période de dormance ! La neige coupe les fourmis du monde extérieur pendant de longs mois. 

Alors pour observer les fourmis des bois, c'est maintenant qu'il faut venir se balader dans le Parc naturel régional Jura vaudois !

à suivre...

Illustration : Benohit 

Gaïa et ses copines 1 / 10

Le saviez-vous ? Dans le Parc naturel régional Jura vaudois, les fourmis des bois sont très nombreuses. Elles ont créé la plus vaste colonie d'Europe. Cette super-colonie est constituée d'environ 1'200 fourmilières, reliées par plus de 100 kilomètres de pistes, parcourues par 250 millions de fourmis. 

Il existe plus de 1'600 espèces de fourmis dans le monde, dont environ 140 se trouvent en Suisse. L'état des populations de fourmis en Suisse, de manière générale, subit une diminution des effectifs. Certaines régions toutefois, telles que les zones d'altitude, semblent moins affectées que d'autres. Certains modes de gestoin de l'habitat des fourmis, ou encore le morcellement des forêts, semblent participer à ce déclin, mais les causes exactes de cette régression ne sont pas connues et nécessitent encore des études approfondies. 

Protégées depuis 1966

Il existe 6 espèces avérées de fourmis des bois, aussi appelées fourmis rousses. L'espèce la plus courante et qui forme la super-colonie du Jura vaudois est formica paralugubris. Les populations de fourmis des bois dans le Jura vaudois ont été beaucoup étudiées et montrent une grande stabilité. Les fourmis des bois ont d'ailleurs été les premiers insectes à bénéficier d'un statut de protection dès 1966, principalement dans le but de protéger les forêts dans lesquelles elles remplissent de nombreux services. 

Les fourmis étant des insectes sociaux qui vivent en colonie, elles ont développé des modes de vie qui sont passionnants. La fourmi des bois, par exemple, peut avoir des centaines de reines dans chaque fourmilière alors que certaines espèces n'en ont qu'une ! 

Gaïa, la Fourmi des bois du Parc Jura vaudois est une ouvrière. Elle sera mise à l'honneur cette année ! Dès cet automne, un sentier didactique lui sera entièrement consacré à l'Espace découvertes du Parc, au col du Marchairuz. 

A suivre....